On entend souvent parler des émissions de gaz à effet de serre (GES), mais savez-vous comment elles sont calculées ? Connaissez-vous l’impact des calculs sur les évaluations des émissions ?

 

L’usage de facteurs d’émission

Les émissions sont calculées à partir de facteurs d’émission. Un facteur d’émission est un ratio qui se réfère au taux d’émission moyen d’une source, d’une activité ou d’un processus donné. Par exemple, il existe un facteur d’émission qui détermine combien de GES sont émis lors de la combustion d’un litre d’essence. Il en existe aussi qui déterminent les émissions de GES liées à l’enfouissement de tel type de déchet. Ces facteurs d’émission sont calculés par des experts, révisés périodiquement, standardisés et reconnus internationalement afin de permettre des comparaisons entre pays et périodes.

Un facteur d’émission reflète les émissions liées aux différents gaz à effet de serre pour chaque activité. Les principaux gaz émis par l’activité humaine sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et des gaz fluorés. La principale source d’oxyde nitreux est l’agriculture, tandis que le méthane provient entre autres de la production de charbon et de gaz naturel, de la décomposition des matières résiduelles, des rizières, de l’élevage du bétail et du dégel du pergélisol.

 

La détermination du pouvoir de réchauffement global des GES

Les différents gaz à effet de serre ont chacun un pouvoir de réchauffement global (PRG) qui leur est propre. Ils ont une capacité à absorber la chaleur (l’efficacité radiative) ainsi qu’une durée de vie dans l’atmosphère qui sont différentes. 

Une valeur est attribuée à chacun de ces gaz en fonction de ces paramètres. La tonne de dioxyde de carbone (CO2) est l’unité de référence, soit 1. Les autres gaz sont évalués au regard de cette unité. L’oxide nitreux, par exemple, a un PRG de 265 car une tonne d’oxide nitreux est 265 fois plus puissante qu’une tonne de CO2 en termes de réchauffement climatique. 

Il existe plusieurs façons de calculer le PRG des GES. On peut calculer combien d’énergie les GES absorbent sur 20 ans ou sur 100 ans. Actuellement, l’impact des GES est calculé sur 100 ans, c’est-à-dire que les effets ultérieurs à cette durée ne sont pas pris en compte. Cette durée a été choisie en fonction du CO2

L’impact d’un gaz qui a une durée de vie plus longue que 100 ans sera donc sous-estimé. Quant aux gaz à courte existence, leur poids dans les calculs est lui aussi diminué du fait de ce choix. Ainsi, le PRG du méthane sur 100 ans est situé à 28 (soit un PRG 28 fois supérieur à celui du CO2), tandis que sur 20 ans, il est estimé entre 84 et 87. Si on calcule sur 100 ans, les effets du méthane sont en quelque sorte étalés sur un siècle alors que dans les faits, ils sont très intenses pendant une quinzaine d’années. Au-delà, ce gaz est dégradé en CO2 par des réactions chimiques dans l’atmosphère. 

C’est pourquoi, lors de la COP26, près de 90 pays, dont le Canada, se sont engagés à réduire les émissions de méthane de 30 % d’ici 2030 par rapport à leurs niveaux de 2020 lors de la signature du Pacte de Glasgow (2021). La raison de cette décision est liée à l’explosion prévisible des émissions mondiales de méthane (agriculture, déchets, dégel du pergélisol, etc…) d’ici 2050, ce qui nous éloigne encore plus de la cible « net zéro » d’ici 2050.

Conclusion

Doit-on changer la durée prise en compte pour le calcul du PRG du méthane ? Choisir un PRG calculé sur une base de vingt ans pourrait donner une image plus claire des réels impacts des émissions de méthane à court terme (2030) et moyen terme (2050). Cela nous amènerait peut-être à nous questionner sur notre consommation de viande, qui constitue la base de la demande pour l’élevage de bétail et qui est la première source d’émission de méthane actuellement.

 

Texte écrit par: Claire Druet, Auditrice GES