Dans un passé pas très lointain, la couche d’ozone se dégradait à un rythme alarmant. En 1985, on a observé un trou au-dessus de l’Antarctique qui ne cessait de s’agrandir. Les rayons du Soleil, nocifs pour les humains et pour les écosystèmes, arrivaient à s’infiltrer dans notre atmosphère. Les cancers de la peau étaient en hausse, les écosystèmes marins étaient à risque de s’effondrer et la productivité des plantes était réduite. C’est grâce à une coopération internationale hors pair que cette menace a pu être anéantie. En 1987, la totalité des pays membres des Nations Unies ont ratifié le Protocole de Montréal pour bannir les substances responsables de la dégradation de l’ozone. Ce traité international a permis un renversement de la tendance catastrophique de la problématique. Aujourd’hui, le trou dans la couche d’ozone se referme et sa guérison complète est prévue pour 2065. Cette unification est considérée comme le plus grand succès de l’histoire en termes d’intervention dans une problématique environnementale causée par les humains [1].

 

La zone bleu-mauve représente la région où l’ozone y est en faible concentration; à gauche c’est en septembre 2000 et à droite c’est en septembre 2018 [2]

 

À partir de la première recherche sur la situation de la couche d’ozone en 1973, ça a seulement pris 16 ans afin de discuter, de s’entendre et de mettre sur pied une solution qui renverserait la situation. Les alertes des scientifiques concernant les impacts du CO2 sur notre climat se font entendre depuis 1962, mais malgré les nombreuses ententes internationales sur le sujet, les émissions sont toujours en hausse et la problématique est loin d’être réglée [3]. Le défi multidimensionnel des changements climatiques est le plus important et le plus complexe que l’humanité ait vécu. Bien que la problématique de la couche d’ozone fût relativement plus simple à résoudre, nous pouvons en tirer d’importantes leçons.

Par des recherches sur le terrain en Antarctique et par des analyses en laboratoire, on a pu déterminer que les CFCs (chlorofluorocarbones) étaient les substances responsables de la dégradation de la couche d’ozone (O3). Ce sont des composés de synthèse présents dans les aérosols, dans les réfrigérateurs et dans les climatiseurs. Ils contiennent de la chlorine qui attaque l’ozone en lui volant un atome d’oxygène. Les molécules d’ozone (O3), ayant perdu un oxygène, se transforment en O2 qui ne bloquent plus les rayons indésirables du Soleil. On a donc banni toutes ces substances sur le champ en leurs déterminant des remplaçants sécuritaires qui ne voleraient plus d’atomes à la couche d’ozone [4]. Les chercheurs.euses avaient déterminé que les hydrofluorocarbones (HCFs) étaient sécuritaires à utiliser. Cependant, lorsqu’on a découvert qu’ils étaient des gaz à effet de serre importants, ils ont été bannis. Puis, afin d’assurer la participation des pays du Sud à la résolution de cette problématique, des mesures d’aide claires et précises pour la transition vers des substances sécuritaires étaient planifiées [5].

 

Prédictions quant à l’augmentation de la concentration de l’ozone au-dessus de l’Antarctique [6].

 

On s’est attaqué à la source de la dégradation de la couche d’ozone. Le Protocole est guidé par la science et des modifications des politiques y étaient apportées au fil des découvertes scientifiques en se concentrant sur le problème actuel. Le public et les organisations visées démontraient leur support et leur volonté d’agir. L’approche de la communauté internationale pour s’attaquer à la pandémie de la COVID-19 ressemble à celle utilisée pour la couche d’ozone. Ce sont ces leçons que nous pouvons tirer dans la gestion d’une crise internationale. Les politiques sont basées largement sur la science et se concentrent sur le problème actuel. Le public a démontré son support important et les résultats étaient constamment monitorés pour évaluer leur efficacité tout en modifiant les politiques au besoin [7].

L’approche de la communauté internationale pour résoudre la crise climatique ne s’aligne pas avec celles de la couche d’ozone et de la COVID-19. Les scientifiques ont pu déterminer que les principales causes du réchauffement climatique global sont l’extraction et la combustion du carbone fossilisé et la déforestation [8]. Cependant, le problème est globalement décrit en termes d’émissions de CO2 : il faut réduire les émissions afin de limiter les impacts des changements climatiques. Cette emphase sur les émissions de CO2 détourne l’attention des conséquences de l’extraction et de la combustion continuelle globale de carbone sous-terrain et de la déforestation. L’attention est dirigée vers une transition des comportements des citoyennes et citoyens alors qu’une transition profonde de nos fondements est primordiale [7].

L’Accord de Paris a été négocié par des représentants gouvernementaux et non pas par des scientifiques. On a donc des gouvernements qui supportent l’Accord de Paris, mais qui ouvrent à la fois des mines de charbon, qui exploitent les écosystèmes forestiers de façon non-soutenable dans la majorité des cas et qui fournissent des subventions importantes à l’industrie des énergies fossiles. Selon un rapport de l’Institut National du Développement Durable, une portion de 10 à 30% des subventions acheminées aux énergies fossiles serait suffisante pour couvrir la transition globale vers une économie sobre en carbone [9].

Certaines conséquences découlent de la gestion actuelle de la crise climatique. Les éléments qui causent des changements climatiques ne sont pas pris en charge et s’aggravent avec le temps. Les coûts de la pollution, de l’utilisation de l’eau, des ressources militaires et des dommages environnementaux sont des externalités économiques qui excèdent les subventions données. Ces coûts sont absorbés par la société et non par l’industrie des énergies fossiles [7].

La cohérence des interventions gouvernementales est affaiblie par le pouvoir qu’exerce l’industrie des énergies fossiles. Notre économie repose sur cette industrie. Les compagnies d’énergie distribuent leurs produits fossiles à travers le monde, et les fabricants automobiles, les cimenteries et l’industrie agricole en sont dépendants. Ces sphères représentent des millions d’emplois, des trillons de dollars et 200 ans de développement industriel.

Ce développement industriel est le pilier de nos sociétés comme on les connait. Cependant, il doit connaître une transformation majeure à cause des ressources et de l’adaptabilité limitée des humains et des écosystèmes vivants face à l’augmentation en fréquence et en intensité des événements météorologiques extrêmes. Renverser la dégradation de l’ozone nécessite l’arrêt de la production de substances nocive pour celle-ci. Freiner la pandémie nécessite de stopper la transmission du virus.

 

Vaincre la crise climatique nécessite de laisser le carbone fossilisé dans le sol.

Les chercheur.euse.s ont démontré que sans le succès du Protocole de Montréal, le réchauffement climatique aurait été de 3,5 degrés Celsius en 2100 et qu’il y aurait eu 60% moins d’ozone au-dessus des tropiques. En s’attaquant à la source du problème, nous avons pu réduire le potentiel de réchauffement du climat et ramener la concentration d’ozone à des niveaux sécuritaires [10]. La situation de la couche d’ozone était très réelle et visible: elle affectait directement la santé humaine. Maintenant, nous commençons à voir et à expérimenter les conséquences de la crise climatique. Il faut appliquer la même recette qui a connu du succès aux défis environnementaux et climatiques actuels.

 

 

Texte écrit par:

Alexie Roy-Lafontaine, Rédactrice scientifique pour le web et les réseaux sociaux